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trop tard pour l’arctique ? - du climat



TROP TARD POUR L’ARCTIQUE ?
par Loïc Fel


2007/2008 Année Polaire Internationale

125 ans après la première Année Polaire Internationale (API) et 50 ans après l’Année Géophysique Internationale (AGI), la communauté scientifique internationale et les pouvoirs publics organisent la 4e Année Polaire Internationale en 2007-2008.

Ce programme regroupe de nombreuses recherches scientifiques menées dans l’hémisphère nord et dans l’hémisphère sud de manière interdisciplinaire. Le programme scientifique ne se limite pas aux enjeux écologiques et à la question du réchauffement climatique, mais ces thèmes sont fortement représentés et reflètent une prise de conscience mondiale. Le rôle moteur que jouent les régions polaires vis-à-vis du reste de la planète, et l’impact plus rapide que le réchauffement climatique fait subir à ces régions en font un enjeu spécifique.




montage numérique : laure maud & nikita design



La France a un rôle important à jouer, non seulement en tant qu’acteur européen de premier plan et pour les responsabilités du monde occidental dans le réchauffement climatique déjà engagé, mais aussi en raison de sa tradition scientifique portée vers les pôles. Cette tradition est favorisée par la possession des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), territoire d’outre mer bien particulier dont les stations sont les avant-postes de la recherche française sur des environnements uniques. Sur les îles Kerguelen ou sur le continent en Terre Adélie qui abrite les bases scientifiques Dumont-d’Urville, sur l’île des Pétrels, et une base franco-italienne dans le continent Concordia, une présence continue est assurée.

Personne n’ose contester une catastrophe quand elle se déploie effectivement sous nos yeux. Pour les régions du cercle polaire de l’hémisphère nord, le réchauffement sur un siècle y est plus important que partout ailleurs, 1,5 degré Celsius de moyenne, ça paraît peu, mais n’oubliez pas que seulement 4 à 5 degrés moyens (dans l’autre sens) nous séparent d’une période glaciaire.

Les premières conséquences de ce réchauffement important se font sentir à des échelles plus vastes que prévu. Le permafrost est en recul partout en Sibérie, en Scandinavie, au Groënland et au Canada, ce phénomène dégage des terres que l’on aimerait voir utilisées pour une extension, au mieux des forêts, au pire des surfaces agricoles… La calotte glaciaire est elle-même en recul important et l’adjonction massive d’eau douce dans l’atlantique Nord a d’ores et déjà ralenti la circulation termohaline (une sorte de tapis roulant qui apporte des eaux chaudes en Europe, c’est pourquoi vivant à la même latitude que le Canada nous avons des territoires au climat bien plus clément). Les populations animales en sont fortement affectées… Mais le pire est à venir.

Les problèmes immédiats pour les humains se font déjà ressentir. Ces nouveaux espaces exploitables vont générer de nouveaux conflits. Prenons pour exemple le passage du Nord. C’est un méandre maritime qui traverse les îles du Canada et qui relie les océans Atlantique et Pacifique. Jusqu’ici ce passage n’était praticable que par de puissants navires quelques mois dans l’année. Avec le recul rapide des glaces, ce passage devient accessible et une part de plus en plus importante du trafic se déroute. Ce passage est en effet plus large et surtout plus rapide pour passer de l’Europe au Japon ou à la Chine, que le canal de Panama ; il est tellement intéressant qu’il génère même de nouveaux trafics, puisqu’il rend de nouveaux échanges commerciaux rentables. De fait, ce passage est dans les eaux territoriales du Canada, mais comme leur armée ne peut pas assurer une présence permanente sur cette zone par manque de moyens, les Etats-Unis ont demandé à gérer le protectorat sur ce long chenal. En réalité, cette mainmise états-uniennes permettrait à l’Union de s’immiscer dans de nouvelles affaires, c’est une stratégie militaire, politique et économique. Le Canada a acheté quelques sous-marins vétustes d’occasion mais ils ont coulé quelques mois plus tard !




photographie : laure maud



Les problèmes futurs eux, sont à conséquences globales, et tournent surtout autour des hydrocarbures. La zone arctique représenterait 20 % des ressources mondiales. Jusqu’ici, elles n’étaient pas exploitables, soit pour des raisons techniques (le sol était gelé, mais le réchauffement climatique change la donne), soit pour des raisons de coût d’exploitation (mais le cours du baril au plus haut rend les exploitations les plus chères finalement rentables). Les Etats-Unis ont donc entrepris un programme d’exploitation en pleine réserve naturelle en Alaska, la Russie en Sibérie depuis quelques années déjà et surtout, le Danemark, propriétaire du Groënland, la plus grande calotte glaciaire de l’hémisphère Nord, a lancé une étude d’exploitation des ressources de pétrole.

Le pétrole est l’opium de la civilisation industrielle, et comme tout intoxiqués que nous sommes, nous irons jusqu’à en utiliser la dernière goutte, comme les Rapa Nui de l’Ile de Pâques ont coupé jusqu’au dernier arbre, avant de réagir.

Ces projets auront deux types de conséquences graves. Premièrement, elles permettront d’extraire et d’exploiter toujours plus d’énergies fossiles, sources principales du réchauffement climatique qui s’accroîtra donc plus encore…

Le second type de problèmes sera lié à l’exploitation elle-même : en abîmant des écosystèmes fragiles déjà gravement endommagés par le réchauffement climatique et en pleine mutation. Par exemple, en Alaska, BP vient de reconnaître que plusieurs de ses puits laissaient fuir du pétrole et en a fermé une dizaine. L’installation des infrastructures et des besoins pour les personnels, des routes et ports contribuent à morceler l’environnement et à détruire des espaces naturels.




photographie : matthieu dortomb



L’ours blanc, le plus grand des plantigrades, est le symbole de l’Arctique en danger. On estime que la population d’ours blancs compte environ 21 500 à 25 000 individus sur la planète. Leur population est en diminution constante, en raison notamment des polluants organiques persistants (POP) produits dans le Sud et transportés vers l’Arctique par les courants atmosphériques et marins. Ces POP sont intégrés dans la chaîne alimentaire jusqu’aux ours via le plancton, les poissons et les phoques. Les métaux lourds se concentrent dans les graisses et sont à l’origine de maladies dégénératives. D’autre part, le réchauffement climatique cause la perte de nombreux individus surpris par la fonte de la banquise, ils sont alors isolés dans un territoire morcelé. Les températures de l’Arctique ont augmenté de 5 °C au cours du siècle dernier et la banquise a diminué de 6 % au cours des vingt dernières années, limitant d’autant le territoire des ours.

En raison du principe d’inertie qui préside à des phénomènes aussi complexes que le réchauffement climatique et la circulation des molécules et métaux nocifs dans l’écosystème, les interactions négatives entre des milieux sauvages aussi éloignés, et les activités anthropiques continueront bien après la cessation de nos émissions polluantes, ce qui justifierait une politique volontariste qui conjugue le contrôle des pollutions et la protection actives des espèces qui peuplent l’Arctique. 



article extrait du web(maga)zine GREEN IS BEAUTIFUL n°1 du mois de juillet 2007




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