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S’il est une histoire à rebondissements où le hasard prend toute sa place, c’est bien celle de la création de ‘numanu label of love’.
Cette marque fondée par Olivia Lalonde et Emmanuel Walliser n’aurait pas dû exister si l’on en croit les parcours éloignés de nos deux protagonistes. Olivia, diplômée par une université anglaise d’un master en développement durable avait mis le pied à l’étrier au sein d’ONG britanniques militant pour le bien-être des enfants en Europe de l’Est et au Cambodge. Emmanuel, quant à lui, a évolué dans le monde de la finance et effectué de nombreuses missions en Asie du Sud-Est. Le cadre asiatique est déjà bien défini par leurs goûts respectifs lorsqu’ils se rencontrent au Vietnam. C’est de cet amour et de leurs expériences réciproques que naît le désir de venir en aide aux populations locales en développant une idée novatrice de la mode.
photographie : laure maud
L’origine du nom de « numanu » que l’on peut dissocier avec un peu de connaissance : nu, surnom d’Olivia et manu, diminutif de son partenaire. Le fait d’y adjoindre « label of love » est également un rappel de leur union mais aussi la devise qu’ils promeuvent au sein de l’entreprise et cette naturelle envie de partager les a amené à entrer en contact avec plusieurs intervenants au Cambodge et en Inde depuis 2005 : ONG, coopératives et ateliers très différents les uns des autres (de 4 à 200 personnes) mais ayant tous pour ambition d’offrir au sein de communautés particulièrement défavorisées des opportunités de revenus stables, d’encourager les savoir-faire traditionnels et la formation, tout en préservant l’environnement. Leur choix s’est arrêté sur six ouvroirs, chacun spécialisé dans une matière.
A ce point de leur démarche, ils possédaient déjà les cartes de la gestion, une bonne connaissance du développement durable et de la fabrication mais il leur manquait l’étape intermédiaire et fondamentale : la création des modèles. La styliste Anika Lena Skärström a hérité de cette mission grâce à son style « féminin et actuel » et aux formations
qu’elle dispense en Asie auprès des partenaires de ‘numanu’. L’entreprise qui est depuis épaulée par la jeune et talentueuse styliste Sarah Jane Sheppard, clôturait ce parcours du combattant avec le prix de l’Ethical Fashion Show en 2006 et la reconnaissance
de leurs pairs était de ce fait acquise. Mais ce n’est pas pour cela qu’il fallait se reposer sur ses lauriers alors nos deux aventuriers, en s’établissant six mois en Inde par an, étendent le système mis en place et y apportent sans cesse de nouvelles améliorations pour proposer une ligne de vêtements qu’ils veulent désirable et source de plaisir pour leur clientèle en Europe.
photographie : laure maud
Au Cambodge, ‘numanu’ travaille avec une ONG tissant des écharpes en soie dans la province rurale de Stung Streng. Les pièces produites permettent aux femmes de s’encrer dans la sériciculture (l’élevage du ver à soie), laquelle sera prochainement produite
de manière biologique – les vers se nourrissent sur des mûriers. Ce tissage de la soie permet à ces femmes de diversifier leurs revenus fortement dépendants de la riziculture, et ainsi de limiter l’exode rural.
En Inde, trois gros centres de tissage sont reconnus :
- l’Andhra Pradesh pour le coton biologique
- Bangalore pour la soie
- le Rajasthan pour la laine
photographie : laure maud
C’est dans cette dernière province qu’une partie de la confection et des broderies sont assurées par des coopératives fédérées au sein d’une ONG partenaire. Les vêtements en coton biologique sont eux confectionnés à Tirupur par une entreprise favorisant l’emploi des femmes. Le choix d’un coton cultivé sans pesticide ni insecticide s’inscrit dans la logique de l’entreprise, qui s’est fixé pour mission de limiter au maximum l’empreinte
écologique à toutes les étapes de la vie des vêtements qu’elle conçoit.
Dans cette optique, « numanu » emploie des teintures exemptes d’AZO et de métaux lourds, et végétales et biologiques pour certaines soies. Pour le coton, ‘numanu’ utilise des teintures réactives compatibles avec la certification biologique.
La prochaine garde-robe printemps-été 2008 et inspirée par Gatsby le Magnifique de F. Scott Fitzgerald en est l’inspiration pour une touche légèrement masculine à la mode des années folles. Cette inspiration est l’occasion de souligner l’absence de prêt-à-porter homme. Il faut cependant comprendre que les tenants de ‘numanu’ veulent faire les choses correctement et suivre la devise « qui va piano va sano » !
photographie : laure maud
Ainsi Mesdames, vous trouverez votre bonheur au 8, rue de Turenne dans le 4ème arrondissement de Paris où ‘numanu’ a implanté son enseigne avec des tailles allant du 36 au 44. L’accueil y est chaleureux et le cadre reposant. Prenez le temps de compulser
les trois étiquettes accrochées aux articles car elles sont sources d’apprentissage. Si l’une vous avertit du prix raisonnable de vos achats, les deux autres dépeignent le logo de la marque (une fleur qui s’épanouit à la sémantique évidente) et expliquent en français et en anglais, la fabrication du produit ainsi que son entretien. Vous aurez également le plaisir d’y découvrir d’autres marques éthiques présentes dans le magasin et renouvelées régulièrement, à l’image d’IDEO, ZaZa Factory ou des Fées du Bengale qui militent aussi pour un commerce bio et équitable. En prime, vous serez sans doute accueillies par Emmanuel ou Olivia en personne s’ils ne sont pas en déplacement ou bien par leur assistante, dans leur antre qui joint la sobriété du cadre des murs peints en crème, anis et chocolat, aux étagères de bois et aux meubles récupérés. Les seules couleurs qui ressortent seront le vert des plantes ainsi que les vêtements exposés à vos yeux, sans oublier les photos accrochées aux parois de l’escalier, toujours là dans un but pédagogique. Et si vous faites partie des consommateurs réguliers de province ou étrangers, vous vous réjouirez dès février 2008 de la distribution dans d’autres échoppes de France et d’Europe de cette petite marque française qui ne demande qu’à grandir.
article extrait du web(maga)zine GREEN IS BEAUTIFUL n°4 du mois de janvier 2008