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le poids du symbole - du monde animal



LE POIDS DU SYMBOLE, LE CHOC DU MIROIR.
par Alexis du Fontenioux


Après le plaidoyer d’Al Gore dans sa « vérité qui dérange », nous avons pu assister à la démonstration naturaliste et poétique des conséquences du réchauffement climatique : « Un Jour sur Terre ».* L’illustration de la beauté inouïe et saisissante de la nature est mise en exergue par le symbole de l’ours polaire. Le choix de ce chef d’oeuvre d’adaptation à la vie sauvage est particulièrement bienvenu (en tout cas plus pédagogique que la problématique du krill). Car maintenant c’est sûr, dans 15 ans (peutêtre 20 ou 30, mais quelle importance), l’ours polaire aura disparu. Le sol, ou plutôt la glace se sera dérobée sous ses pieds.


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illustration : nikita design



Nous assistons donc avec fatalisme aux dernières évolutions de cette espèce à l’état sauvage. Lui qui, sourd et myope, a su s’acclimater aux régions les plus hostiles, adapter son mode de vie, son alimentation, sa reproduction là où l’homme n’avait pu s’établir de façon durable. Il a dominé cet écosystème, en a fait son habitat et n’y connaît pas de prédateur direct. Le paradis sur Terre en quelque sorte.

Pourtant le phénomène des grandes espèces symboliques menacées n’est pas nouveau : l’éléphant, le tigre, les grands singes, la baleine bleue… On pourrait même dire que nous y sommes habitués ! Ces espèces avaient (ou ont toujours) un ennemi déclaré. Les causes de leur mise en danger étaient claires, les coupables identifiés. La déforestation, notre goût immodéré pour les beaux objets, la cosmétique, l’alimentation, notre besoin de virilité même !

Une responsabilité collective : toi l’américain, toi l’européen, toi le chinois, toi l’indien… Tout le monde responsable ? Autant dire personne. A l’individu, il ne reste que la compassion. L’ours polaire n’a en effet pas le même traitement dans notre sensibilité collective que son cousin pyrénéen. C’est un symbole, personne ne lui en veut, personne ne souhaite sa disparition, pourtant tout le monde y participe. Adieu l’ours, on t’aimait bien tu sais.

Dans ce cadre là, il nous reste pourtant la possibilité d’agir : préserver des espaces, lutter contre le braconnage, émettre des quotas, des réglementations internationales. Pour l’ours polaire, l’affaire est toute autre. La rapidité de son extinction annoncée est choquante ; les causes de la disparition de son habitat son invisibles, impalpables et surtout inéluctables au vu des inerties inhérentes au réchauffement climatique. Et qui est responsable ? En grande partie, l’humanité toute entière.

Sous nos yeux impuissants, en direct, l’ours polaire va disparaître de la pire manière qu’il soit : la faim et l’épuisement. Pourquoi ? Par la règle hélas simple et implacable : il faut s’adapter. Ce qu’il na pas eu le temps de faire… Le caractère extrême de son habitat l’a rendu vulnérable. Il a fallu quelques variations du thermomètre pour le mettre en danger. Alimentation, reproduction, migration, comment changer tout cela en 15 ans ? Impossible.

Et pourquoi ce malaise face à cette mort annoncée ? Pourquoi ce symbole est-il si particulier ? N’y voyons-nous pas une part de notre avenir ? Ne ressentons-nous pas comme un effet miroir ? Comme lui, nous n’avons pas de prédateur, comme lui, nous dominons notre environnement, mieux que lui, nous avons su conjurer la plupart des maladies et des grandes épidémies. Mais comme lui nous allons devoir nous adapter à un monde nouveau, chargé d’incertitudes et de dangers inédits. Nous devrons le faire rapidement car les changements s’accélèrent. Les échéances sont de plus en plus identifiées : 2050, 2100 soit 90 ans (c’est le temps qui nous sépare de la première guerre mondiale), autant dire demain. Ce qu’on demande à l’ours polaire de réaliser en 15 ans, nous devrons le faire en 80 ans. Les premiers effets se font sentir (migrations et conflits climatiques), la vigie a sonné l’alerte, l’iceberg est en vue. Nous observons tout cela confortablement installé dans notre cabine de première classe au son de l’orchestre. Les femmes et les enfants d’abord ! * Documentaire réalisé par Alastair Fothergill et Mark Linfield



article extrait du web(maga)zine GREEN IS BEAUTIFUL n°3 du mois de novembre 2007




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