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Après le plaidoyer d’Al Gore dans sa « vérité qui dérange », nous avons pu
assister à la démonstration naturaliste et poétique des conséquences du
réchauffement climatique : « Un Jour sur Terre ».*
L’illustration de la beauté inouïe et saisissante de la nature est mise en exergue
par le symbole de l’ours polaire. Le choix de ce chef d’oeuvre d’adaptation à
la vie sauvage est particulièrement bienvenu (en tout cas plus pédagogique
que la problématique du krill). Car maintenant c’est sûr, dans 15 ans (peutêtre
20 ou 30, mais quelle importance), l’ours polaire aura disparu. Le sol, ou
plutôt la glace se sera dérobée sous ses pieds.
illustration : nikita design
Nous assistons donc avec fatalisme aux dernières évolutions de cette espèce
à l’état sauvage. Lui qui, sourd et myope, a su s’acclimater aux régions les
plus hostiles, adapter son mode de vie, son alimentation, sa reproduction là
où l’homme n’avait pu s’établir de façon durable. Il a dominé cet écosystème,
en a fait son habitat et n’y connaît pas de prédateur direct. Le paradis sur
Terre en quelque sorte.
Pourtant le phénomène des grandes espèces symboliques menacées n’est pas nouveau : l’éléphant, le tigre, les grands singes, la baleine bleue… On pourrait même dire que nous y sommes habitués ! Ces espèces avaient (ou ont toujours) un ennemi déclaré. Les causes de leur mise en danger étaient claires, les coupables identifiés. La déforestation, notre goût immodéré pour les beaux objets, la cosmétique, l’alimentation, notre besoin de virilité même !
Dans ce cadre là, il nous reste pourtant la possibilité d’agir : préserver des espaces, lutter contre le braconnage, émettre des quotas, des réglementations internationales. Pour l’ours polaire, l’affaire est toute autre. La rapidité de son extinction annoncée est choquante ; les causes de la disparition de son habitat son invisibles, impalpables et surtout inéluctables au vu des inerties inhérentes au réchauffement climatique. Et qui est responsable ? En grande partie, l’humanité toute entière.
Sous nos yeux impuissants, en direct, l’ours polaire va disparaître de la pire manière qu’il soit : la faim et l’épuisement. Pourquoi ? Par la règle hélas simple et implacable : il faut s’adapter. Ce qu’il na pas eu le temps de faire… Le caractère extrême de son habitat l’a rendu vulnérable. Il a fallu quelques variations du thermomètre pour le mettre en danger. Alimentation, reproduction, migration, comment changer tout cela en 15 ans ? Impossible.
Et pourquoi ce malaise face à cette mort annoncée ? Pourquoi ce symbole
est-il si particulier ? N’y voyons-nous pas une part de notre avenir ? Ne
ressentons-nous pas comme un effet miroir ? Comme lui, nous n’avons
pas de prédateur, comme lui, nous dominons notre environnement, mieux
que lui, nous avons su conjurer la plupart des maladies et des grandes
épidémies. Mais comme lui nous allons devoir nous adapter à un monde
nouveau, chargé d’incertitudes et de dangers inédits. Nous devrons le faire
rapidement car les changements s’accélèrent. Les échéances sont de plus
en plus identifiées : 2050, 2100 soit 90 ans (c’est le temps qui nous sépare
de la première guerre mondiale), autant dire demain. Ce qu’on demande à
l’ours polaire de réaliser en 15 ans, nous devrons le faire en 80 ans.
Les premiers effets se font sentir (migrations et conflits climatiques), la vigie a sonné l’alerte, l’iceberg est en vue. Nous observons tout cela confortablement installé dans notre cabine de première classe au son de l’orchestre. Les femmes et les enfants d’abord !
* Documentaire réalisé par Alastair Fothergill et Mark Linfield
article extrait du web(maga)zine GREEN IS BEAUTIFUL n°3 du mois de novembre 2007